Revue de presse 26 avril : polémique autour des dons pour Notre-Dame de Paris

 

Crédits photographiques : Pyb

Alors que les dons affluent de partout, même au-delà des frontières françaises, pour le soutient à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui s’est vu prise par les flammes lundi 15 Avril, les dons de grands milliardaires et la défiscalisation dont ils profiteraient fait grandement polémique. C’est en effet dans un contexte particulier, avec le mouvement des gilets jaunes, qu’intervient cette polémique, à l’heure où ces derniers se battent pour plus d’équité fiscale.

D’un côté, il y a ceux qui trouve cette polémique « stupide », comme Bernard Quiriny, du Point. Pour lui, ces dons sont un vrai coup de pouce au financement de la restauration de la cathédrale et avance qu’il s’agit d’autant « d’argent des poches des milliardaires, et que le contribuable n’aura pas à tirer de la sienne ». Dans cet article au ton sarcastique et « sermonneur », il invoque, non sans cynisme, qu’on aurait pu « applaudir sobrement de ces dons » mais que c’était sans compter sur la « vigilance d’esprits forts ». Il continue d’ailleurs sur le même ton, poursuivant dans l’hypothèse de ne pas accepter ces dons. Il écrit que « nous aurions reconstruit la cathédrale entre pauvres en puisant dans les dons des citoyens ordinaires et dans les subventions des collectivités, alimentées par l’impôt » et insiste sur une construction qui se mènerait au rabais « sur la qualité de la restauration, ou sur la hauteur de la nouvelle flèche, faute de moyens pour qu’elle culmine aussi haut que celle de Viollet-le-Duc ». Il y dit que « Notre-Dame eût été moins belle, mais plus propre ».

Dans un article de Marianne, en revanche, une autre voix se fait entendre et dénonce « le scandale de la niche fiscale “mécénat“ ». Le journaliste, Emmanuel Lévy, voit les choses d’une toute autre manière et s’insurge que « c’est l’entreprise qui offre, mais c’est l’Etat – et le contribuable donc – qui, en grande partie, paye en retour. ». Ce « mécénat version française » comme il l’appelle, résulte selon lui d’une formule « simple et magique » : « tout don entraîne plus de 60 % de déductions fiscales sur l’impôt sur les sociétés ». D’après lui « le mécénat est devenu la vitrine par excellence des multinationales soucieuses de se faire passer pour les Médicis du XXIe siècle ». Le journal publie aussi beaucoup de chiffres sur le sujet, pour en aboutir à la conclusion que « les grosses entreprises se gavent ». Ces chiffres révèlent en effet que « 99 % des entreprises disposent en réalité en moyenne d’un crédit d’impôt rikiki d’un peu moins de 4.000 » et dénonce tout particulièrement les « grosses entreprises » comme la fondation LVMH qui a quant à elle bénéficié en 2018 de crédits d’impôts d’un montant total de 61,9 millions d’euros.

D’autres pointent aussi du doigt l’emballement pour le financement de cette reconstruction, que certaines autres causes ne connaissent pas, comme c’est le cas pour la fondation Abbé Pierre qui tweete « 400 millions pour #NotreDame, merci @KeringGroup @TotalPress @LVMH pour votre générosité : nous sommes très attachés au lieu des funérailles de l’abbé Pierre. Mais nous sommes également très attachés à son combat. Si vous pouviez abonder 1% pour les démunis, nous serions comblés. », ou Ollivier Pourriol qui tweet « Victor Hugo remercie tous les généreux donateurs prêts à sauver Notre-Dame de Paris et leur propose de faire la même chose avec Les Misérables. ».

Stéphane Bern, célèbre présentateur de télévision et engagé pour le patrimoine invite à arrêter « d’opposer les causes » lors d’une interview donnée à France info, reprise par L’Express et explique tout simplement l’afflux de ces dons en justifiant que « les gens sentent que Notre-Dame de Paris est quelque chose qui est l’âme de la France ». »

Jean-Michel Cornu, spécialiste de l’intelligence collective, livre quant à lui au Journal Du Dimanche que « ce qui compte, ce n’est pas le destinataire du don, mais la raison pour laquelle nous donnons. » et évoque à plusieurs reprises une « contrepartie » quasi systématique attendue dès lors qu’un individu fait un don.

Notre-Dame de Paris n’a apparemment pas fini de faire polémique puisqu’un autre débat s’est ouvert depuis son incendie, qui découle directement de la reconstruction : Faut-il rebâtir à l’identique, ou amener une construction plus moderne ? Les débats sont lancés et un concours d’architecture à été ouvert récemment par Emmanuel Macron.

Mathieu Duval