Revue de presse 17 mai 2019 – La majorité dans les turbulences et la campagne européenne

        

Crédits photographiques : Generalitat de Catalunya

Au sortir de cinq long mois de crise des Gilets jaunes, un mois après l’incendie qui frappé la cathédrale Notre Dame de Paris et en pleine campagne des européennes, La République En Marche connaît un certain nombre de difficultés… En moins de deux ans, l’exécutif a connu sept démissions de ministres et de nombreuses défections au sein de son groupe parlementaire, un véritable «record »selon Libération . Après des annonces de la part du président jugées floues et imprécises pour conclure le Grand débat, le gouvernement peine à convaincre. Et, dans les derniers sondages effectués par des instituts tels que Ipsos, Opinion Way ou Harris Interactiv, la liste européenne du Rassemblement National est créditée d’environ 22,5 % d’intentions de vote, tout comme  celle de La République En marche, la liste Renaissance. En effet, depuis le début de sa campagne, la tête de liste du parti majoritaire, Nathalie Loiseau n’est pas épargnée par ses adversaires et elle est au cœur de très nombreuses polémiques qui déchaînent les passions.

            Mots maladroits, polémiques en cascade, bourdes à répétition, tels sont les nombreux qualificatifs utilisés pour décrire la campagne de la tête de liste Renaissance. Tout commence le 14 mars vers 23h  sur le plateau de l’Émission Politique de France 2. Nathalie Loiseau conclut le face-à-face avec Marine Le Pen auquel elle a été invitée. Alors ministre chargée des Affaires européennes, elle annonce sa candidature aux élections européennes en tant que tête de liste. Elle surprend de ce fait son auditoire, auquel elle avait annoncée une vingtaine de minutes plus tôt qu’elle ne serait pas candidate. Marine le Pen, suivie des réseaux sociaux et des autres opposants au gouvernement ont remis en cause la prétendue spontanéité de cette déclaration.  Dans son article du 30 avril, le site France Inter.fr estime que cette annonce a été torpillée et rendue quasiment inaudible par l’adversaire de Nathalie Loiseau. Ensuite, elle participe le 4 avril au débat organisé par France 2 et France Inter, Paul Véronique, journaliste pour l’Express juge que la candidate a « peiné à convaincre » dans un article publié le 15 mai intitulé « Le long chemin de croix ».  Le 22 avril, Mediapart révèle, preuve photographique à l’appui, la participation de Nathalie Loiseau à une liste d’extrême-droite, lorsqu’elle était étudiante à Sciences Po. Cette révélation est dans un premier temps totalement démentie par la candidate et son équipe, dans un deuxième temps elle prétend ne plus en avoir aucun souvenir, enfin elle admet sa participation et plaide pour une erreur de jeunesse et pour une méconnaissance des idées de la liste. S’ensuivent alors une longue série de critiques de la part de tous les adversaires de la tête de liste, effectuées par, entre autres, Laurent Wauquiez et Jordan Bardella, respectivement président des Républicains et tête de liste du Rassemblement National qui dénonce la candidate qui se présente comme un rempart à l’extrême-droite. Le premier a commenté «Je laisse chaque Français juge de se demander si après de telles révélations, on peut encore faire confiance à une personne comme Mme Loiseau, et si après un tel double discours il peut y avoir encore le moindre crédit qui s’attache à ses paroles. » et le second a ironisé en publiant sur son compte Twitter «Nathalie, paye ta cotis’ ! ».  La tête de liste déclare dans le même temps que Mediapart est « l’idiot utile ».  Le 23 avril, une des planches de sa BD sur l’Europe expliquée aux enfants est diffusée sur Twitter.Elle est qualifiée de « bizarre » par France Inter.fr le 30 avril. On peut y voir un enfant polonais déclarer « Moi, je suis Polonais. Eh bien, deux garçons qui se marient, en Pologne, même pas en rêve » et un professeur lui répondre « Nous avons des différences, c’est sûr, et il faut se respecter », des « étrangetés » selon un article du site Internet de Ouest France. La candidate est aussitôt taxée de banaliser l’homophobie.

Toujours dans son article de L’Express datant du 15 mai, Paul Véronique se questionne sur l’existence d’un « Loiseau-bashing », justifiant que la tête de liste a commis « un grand nombre de maladresses ». La liste de ces dernière est encore assez longue, on peut citer sa déclaration sur son arrivée au poste de directrice de l’ENA, où elle avait l’impression d’être « une romanichelle », son soutien au parti espagnol Ciududanos après les législatives en Espagne alors que ce dernier s’est allié à l’extrême-droite au parlement d’Andalousie, ou enfin son volonté d’une « blitzkrieg positive » à propos de sa campagne affirmée le 6 mai sur… les marches du Mémorial de Caen. Elle était en visite ce lundi dans la ville normande accompagnée du Premier ministre Édouard Philippe et de députés pour un meeting. 

Crédits photographiques : Generalitat de Catalunya

Le même jour, après le rapport sur l’état de la biodiversité effectué par l’IPBES, un organisme d’experts de l’ONU, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures pour garder notre planète « habitable ». Dans son article du 8 mai le journaliste pour le Journal du Dimanche Gaël Vaillant interviewe le Fédération des parcs naturels régionaux de France, Mickaël Weber. Ce dernier dénonce « le manque de vision politique » du Président face à la crise écologique et « vrai décalage entre l’action politique actuelle et la perception par la population de notre situation environnementale ». Trois jours plus tard, La République en Marche, dévoile son programme pour les élection européennes. On peut y observer une place accordée au développement durable. Le jour même, c’est-à-dire le 9 mai, Alexandre Lemarié, journaliste au Monde estime qu’«en hissant cette thématique en tête de son programme, LRM espère séduire une partie de l’électorat écologiste et ainsi grappiller des voix au candidat d’Europe Ecologie-Les Verts, Yannick Jadot ». Ce diagnostic est appuyé par la présence de deux écologistes sur la liste La République en marche (LREM), le MoDem, Agir, dont Pascal Canfin, l’ex-directeur de WWF France, en deuxième position derrière Nathalie Loiseau.

Dans cette campagne européenne, mis à part le RN, de nombreux adversaires dénoncent la stratégie du président, qui consiste à « rejouer le duel de 2017 » qui l’a vu s’opposer à Marine Le Pen en se présentant comme seul rempart face au chaos, face, selon lui face à l’extrême-droite. Dans son article du 11 mai publié dans l’Obs, Serge Raffy parle de « quitte ou double mortifère » mais aussi d’« un coup de poker politique » et juge qu’Emmanuel Macron a « quasiment posé un diktat à l’opinion française ». Toujours au coude-à-coude dans les sondages, le Rassemblent National et La République En Marche, se livrent un duel acharné en cette fin de campagne. Ce qui est en revanche plus sûr c’est que le président s’engage pleinement dans ces européennes, prenant même la place de sa tête de liste sur une récente affiche, un meeting avec cette dernière est normalement prévu prochainement. Tous ces efforts seront-ils payants ? Les nombreuses polémiques ont-elles disqualifié lé liste du parti majoritaire ? Réponse le 26 dans les urnes.

Louis Jamin