Revue de presse du 24 mai 2019 : Le droit à l’avortement menacé aux Etats-Unis

Mercredi 15 mai 2019, l’état américain d’Alabama a voté l’une des lois les plus restrictives des États-Unis en matière d’avortement. Cette loi, mise en place par la majorité républicaine, interdit tout type d’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, faisant seulement une exception pour les urgences vitales. Elle prévoit aussi une peine de prison pouvant aller jusqu’à 99 ans pour tout médecin pratiquant cette opération. Cette loi, qualifiée d’ « extreme attack on women’s rights » (attaque extrême envers les droits des femmes) dans un tweet de Doug Jones, l’un des sénateurs démocrates de l’Alabama, n’est pourtant que la partie immergée d’un iceberg anti-IVG aux États-Unis. En effet, depuis que les républicains « pro-vie » sont au pouvoir dans le pays, le droit à l’avortement régresse. Depuis un an, “28 des 50 États américains ont mis en place plus de 300 nouvelles règles afin de limiter l’accès à l’avortement“ , selon Ouest France. Parmi ces États, on peut citer la Géorgie, qui vient d’approuver une loi interdisant l’avortement après la détection des premiers battements de cœur, période où les femmes ne savent souvent pas qu’elles sont enceintes, le Kentucky, le Mississippi, le Missouri et l’Ohio. D’autres États conservateurs du Sud-Est des États-Unis, tel la Caroline du Sud, la Floride ou la Louisiane, aussi appelés Bible Belt, envisagent des lois similaires à celle votée en Alabama.

Crédits photographiques John Stephen Dwyer

Les sénateurs conservateurs à l’origine de ces lois se justifient en disant que “cette mesure devrait réduire le nombre de grossesses-surprises, car elle obligera les femmes à « considérer les répercussions » d’un acte sexuel et va les rendre « plus responsables personnellement », selon Tony Tinderholt, sénateur texan initiateur du mouvement anti-IVG, et qui a proposé un texte au parlement de cet État rendant l’avortement criminel, le considérant égal à un homicide.

Le développement de ces mesures n’est heureusement pas approuvé par la majeure partie de la population, puisque, selon le centre de recherche Pew, “58 % des Américains estiment que l’avortement devrait être légal, contre 37 % qui souhaitent son interdiction“. De plus, depuis le 15 mai, les manifestations et soutiens en faveur de l’avortement sont de plus en plus nombreux. Plusieurs centaines de personnes manifestaient ainsi mardi 21 mai à Washington, devant la Cour Suprême, plus haute juridiction américaine, qui elle seule pourraient révoquer ces lois restrictives. Dans la foule, il y avait de nombreuses personnalités politiques démocrates, comme la sénatrice Kirsten Gillibrand, qui montrait ainsi sa volonté de “se battre pour ces droits humains de base“3. Cependant, des manifestations anti-IVG éclatent elles aussi un peu partout dans le pays, qui est en train de se scinder en deux parties de points de vue diamétralement opposés, et, comme conclut le Monde, “toute la question est de savoir si elles pourront continuer à vivre ensemble, malgré ces divergences sociales de plus en plus évidentes“4.

Claire Loilier