Entretien – Raphaël Pitti : son engagement politique, en France et en Europe

 

Nous avons interviewé Raphaël Pitti qui nous a expliqué le sens et le déroulement de son engagement politique et  nous a aussi livré sa vision humaniste du monde…

Crédits photographiques : Delphine Ensenat
  1. Pourquoi un engagement en politique ? Quelles sont les améliorations que vous souhaitez impulser en vous engageant dans ce domaine ?

Raphaël Pitti : «Ce n’est pas la peine de partir loin, l’humain débute sur votre palier. Les conditions d’accueil des réfugiés en France et en particulier des réfugiés syriens ne sont pas acceptables. Les gens qui fuient l’horreur de la guerre et la misère sont entassés sur des parkings, s’ils ne sont pas en détention, je trouve cela indigne. Enfin, la France est le pays européen qui enferme le plus d’exilés. Alors quand Dominique Gros, le maire de Metz m’a proposé d’être sur sa liste et par conséquent de participer à la vie et au fonctionnement de ma ville, j’ai saisi l’occasion de changer les choses pour plus d’humanité envers les migrants. »

https://www.liberation.fr/france/2019/06/04/retention-de-migrants-on-n-avait-pas-vu-ca-depuis-sarkozy_1731689

  1. Depuis 2014, vous êtes conseiller municipal à Metz, quel est votre rôle et êtes-vous satisfait de ce que vous avez réussi à accomplir en 5 ans ?

R.P. : « Je suis élu en charge des urgences sanitaires et sociales à la municipalité messine. Je suis très satisfait de ce que nous avons mis en place en 5 ans. Cela n’a pas été facile de convaincre le maire, Dominique Gros, mais nous avons totalement intégré 17 familles de Roms dans la ville. Auparavant, ces populations souffraient de nombreux préjugés et vivaient dans un bidonville. Désormais, elles ont toutes du travail, mais encore 5 sont en recherche de logement. Nous avons travaillé en totale coordination avec les 28 associations humanitaires présentes dans la ville, telles que la Fondation Abbé Pierre, Médecins Sans frontières ou encore la Ligue des droits de l’homme, dans le but de fournir le meilleur accueil possible. Un lycée désaffecté a été mis à disposition des sans-abris qui y trouvent refuge. Nous avons également mis en place une pharmacie solidaire pour permettre un meilleur accès aux soins aux SDF et aux migrants. De plus, le maire de Metz a lancé le 24 avril un appel à l’État français pour un accueil digne des migrants avec 12 autres maires de grandes villes comme Anne Hidalgo et Damien Carême, les édiles de Paris et de Grande-Synthe. Nous avons établi une réflexion collaborative sur ce sujet avec ce dernier qui mène une politique d’accueil très courageuse dans sa ville. »

https://www.europe1.fr/politique/accueil-des-migrants-13-maires-de-grandes-villes-lancent-un-appel-a-letat-3894868

Crédits photographiques: Delphine Ensenat
  1. Lors de la campagne présidentielle en 2017 ; Emmanuel Macron avait parlé d’accueil digne pour les réfugiés, vous l’aviez soutenu en partie pour cela. Mais, par exemple, en 2018, la France a fermé ses ports à des bateaux comme l’Aquarius et le gouvernement a fait voter la loi « Asile et Immigration ». De plus, Christophe Castaner a récemment comparé les ONG à des passeurs. Quel regard portez-vous sur l’action et les déclarations du président et de l’exécutif ?

R.P. : « En effet, lors de la campagne présidentielle, j’ai été séduit par le discours de notre actuel Président. Et notamment par le fait qu’il évoque à plusieurs reprises la pensée du philosophe humaniste Paul Ricœur et qu’il promette un accueil digne des réfugiés. »

En juillet 2017, deux mois après l’élection d’Emmanuel Macron, ce dernier,  décore Raphaël Pitti du grade d’Officier de la Légion d’Honneur. Le professeur de médecine était déjà Chevalier de la Légion d’Honneur en récompense à ses actions sur les zones de conflit en tant que militaire français. Mais, le 21 décembre 2017, il décide d’annoncer qu’il rend la distinction remise par le Président de la République dans une tribune intitulée « Pour un bon Noël monsieur le Président » publiée dans le journal Libération, il nous explique pourquoi.

R.P. : « Peu à peu après son élection j’ai vu qu’en matière d’immigration les actions de M.Macron et de son gouvernement ne correspondaient plus à ses propos humanistes. Les exemples les plus flagrants se sont déroulés un peu avant que je refuse ma décoration. Le 6 décembre, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérard Collomb, avait réuni de nombreuses associations d’hébergement et leur a demandé de dénoncer toutes les personnes en situation irrégulière, les sans-papiers. Six jours plus tard, le 12 décembre, le ministère a diffusé la circulaire dite « Collomb ». Celle-ci était très répressive car elle institutionnalisait le délit de solidarité, ce que je trouve inacceptable. Pour moi, la demande d’asile est individuelle mais aussi et surtout inconditionnelle. Je pense que nous avons l’obligation morale de recevoir tout le monde. Par conséquent, j’ai rendu mon grade d’Officier, parce que selon moi, il n’y pas d’honneur à recevoir une médaille de quelqu’un qui n’en n’a pas. Mais cette différence entre les paroles et les actes de l’exécutif n’est pas exclusive au domaine de l’accueil. Elle aussi très visible en matière d’écologie. Les mesures accomplies sont loin d’être à la hauteur de l’urgence. La démission de Nicolas Hulot le prouve…

https://www.liberation.fr/debats/2017/12/21/pour-un-bon-noel-monsieur-le-president_1618267

  1. Vous avez été n°15 sur la liste PS-Place Publique pour les européennes, quelles sont les raisons de cette candidature ?

R.P. : « Partout en Europe, les populistes montent et mentent. Ils diffusent un discours de haine qui fantasme sur les peurs d’une invasion migratoire et des étrangers et qui se construit sur ensemble de stéréotypes. Alors que des réfugiés syriens viennent en Europe pour se reconstruire car ils n’ont plus de perspective de paix dans leur pays, les populistes disent d’eux qu’il nous submergent et nous islamisent, mais c’est faux. Ils jouent sur la crainte de l’insécurité et notamment en Autriche, en Italie, en Pologne et en Hongrie. Ces même personnes voient les populations en détresse comme un problème migratoire, je pense que cela donne une très mauvaise image de nous, les Occidentaux. De plus le réel défi migratoire de masse est à venir, et il est dû au réchauffement climatique. Les idées anti-Europe, souverainistes, islamophobes et xénophobes propagées par ces gens là sont donc pour moi destructrices. Par conséquent, nous devons les combattre. Il existait jusqu’en 2017 une alternative à cela, elle s’appelait le La République En Marche. Mais dès lors qu’elle s’est mise à employer la même rhétorique, comme je l’ai dit précédemment, elle ne fut plus crédible.C’est pour cela que je me suis engagé dans celle conduite par Raphaël Glucksmann.  Je savais bien que la quinzième position sur la liste PS n’était pas éligible, je me suis servie de cela comme d’une tribune afin de répondre à la crise climatique porter les valeurs de tolérance d’une Europe libre et ouverte…  »

 

Louis Jamin