Le toit de la liberté de la presse

Le samedi 18 Octobre, dans le cadre du Prix Bayeux, quelques centaines d’élèves de différents lycées  ont pu assister à la présentation de la Maison des Journalistes. Deux journalistes recueillis par l’association ont à cette occasion témoigné de leur expérience.

Rencontre avec la Maison des Journalistes
Crédits photographiques:
Mathilde Laurent

Acceuillir & accompagner

En ce samedi après-midi, le vice-président de la Maison Des Journalistes Albéric De Gouville accompagné de deux journalistes réfugiés dans l’organisme, Abdulmonam ESSA photojournalisme syrien, et Mahamat ADAM journaliste de télévision tchadien, ont présenté la Maison Des Journalistes. Albéric de Gouville, est rédacteur en chef de France 24, et également vice-président de l’association. Cet organisme accueille et accompagne des journalistes qui fuient leur pays d’origine comme la Syrie, la Guinée ou la Côte d’Ivoire. Depuis 13 ans d’existence, plus de 300 journalistes de 60 pays différents ont bénéficié de l’aide de l’association. Ce sont 14 chambres qui sont mises à disposition des journalistes en exil pendant environ 6 à 8 mois, le temps qu’ils obtiennent le statut de réfugié. La Maison offre une aide administrative et juridique, notamment dans les démarches pour obtenir le statut de réfugié.

De N’Djaména à Paris

Lors de cette rencontre, nous avons eu l’occasion d’en découvrir un peu plus sur le parcours des deux journalistes. Mahamat, tchadien, explique qu’il est devenu journaliste au Tchad à partir de 1992. En 2016, plusieurs massacres ont eu lieu au Tchad et en bon journaliste, Mahamat souhaite couvrir l’évènement. Seulement, le gouvernement qui semble ne pas être étranger à l’affaire lui interdit toute enquête sur le sujet. Le journaliste décide malgré les pressions de continuer à faire son travail. Il sera par la suite confronté à un harcèlement judiciaire et ira à de nombreuses reprises visiter les prisons du pays. Il est finalement relâché mais en 2018, il doit quitter son pays sous la pression d’une surveillance constante et s’exile finalement. Il sera beaucoup aidé par son oncle qui l’aidera à préparer et organiser sa fuite et qui lui parlera de la Maison Des Journalistes. C’est ainsi, nous explique-t-il, qu’il s’est retrouvé à parler devant nous.

De la  la Ghouta orientale aux  « Gilets jaunes »

Abdulmonam a ensuite à son tour pris la parole pour raconter  son expérience. Pour sa part, il a couvert les manifestations depuis 2011 en Syrie et les crimes contre les civils et les bombardements. Au fil de ses propos, l’histoire semble dans les grandes lignes se répéter, et nous permet ainsi de nous faire une idée de la « liberté » de la presse dans certaines régions du monde.  En effet, Abdulmonam a lui aussi été obligé de s’exiler sous la pression et les menaces puis a tenté de fuir en Turquie. Il arrive ensuite en France et trouve refuge à la Maison des Journalistes puis demande l’asile, qu’il n’avait toujours pas obtenu au moment de l’échange. Là aussi, il rencontre des difficultés et pointe la complexité du système pour quelqu’un qui ne connaît pas la langue et qui pourrait ne pas avoir de soutient, même si ici la Maison des Journalistes l’aide. A partir de 2015, il devient freelance pour l’AFP et gagne d’ailleurs le Visa d’or de la croix rouge au festival Visa pour l’Image de Perpignan. Il travaille toujours actuellement pour l’AFP et a notamment couvert le mouvement des « Gilets Jaunes ». 

Ces deux histoires, fragments d’expériences personnelles difficiles, sont un concentré d’émotions qui aura ému et permis à coup sûr aux lycéens présents de mieux cerner la situation et les conditions d’exercice du journalisme dans le monde.