Donald Trump dans la tourmente de l’impeachment

 Depuis quelques mois déjà, le 45ème  président des États-Unis, le très controversé Donald Trump est au cœur d’un scandale le mêlant à l’Ukraine et le plaçant désormais sous la menace d’une destitution. Digne d’une série Netflix, ce feuilleton médiatique s’empare chaque semaine des gros titres…

Crédits photographiques : The Presidential Office of Ukraine

           25 juillet 2019. Ce jour-là Donald Trump s’entretient par téléphone avec le président ukrainien fraîchement élu, Volodymir Zelensky. Au cours de leur discussion, le chef d’état américain demande à son homologue de relancer les enquêtes concernant un certain Hunter Biden. Jusque-là tout est normal, sauf que l’homme potentiellement visé par de futures procédures judiciaires n’est autre que le fils du principal rival démocrate de Trump, Joe Biden. De plus, beaucoup soupçonnent que cette demande masque en fait une tentative de chantage puisque Trump avait peu de temps avant suspendu une aide militaire américaine à destination de l’Ukraine d’une valeur de 400 millions de dollars alors qu’elle avait déjà votée par le Congrès. Le chef de cabinet de Trump a d’ailleurs confirmé cela, quelques secondes avant de rétropédaler. Un lanceur d’alerte et une tentative d’obstruction plus tard, voilà l’affaire dévoilée au monde entier grâce une „taupe“ provenant des services de renseignement. Le 24 septembre, Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, franchit le Rubicon en entamant une procédure d’impeachment contre Donald Trump, une mise en accusation dont le but final est la destitution, une décision prise notamment sous la pression de l’aile gauche du parti démocrate. La cheffe des démocrates jugeait cependant quelques mois avant que la procédure „n’irait nulle part“. Le lendemain, la Maison Blanche se voit alors obligée de publier la transcription écrite et censée être complète de la conversation; elle prouve bien les allégations du „whistleblower“. Cependant, comme nous l’expliquent des journalistes du New York Times dans un article publié le 29 octobre, le lieutenant-colonel Vindman qui a entendu la conversation, s’est alarmé de trouver la transcription incomplète „Lt. Col. Alexander Vindman, the top Ukraine expert on the National Security Council, told […] that the White House transcript of a July call between President Trump and Ukraine’s president omitted crucial words and phrases“. Il a donc essayé de la faire modifier à trois reprises, en vain. Pour Valeurs Actuelles, ce que certains qualifient de  conscience professionnelle de la part de quelques fonctionnaires est en réalité le symptôme d’un affrontement entre le président américain et „ses ennemis de l’intérieur“ dans un article d’Antoine Colonna publié le 12 octobre. Ce dernier dénonce une „véritable guerre civile au cœur de l‘administration“ et fustige les prétendues collusions entre le parti démocrate et les service de sécurité avec „le nombre croissant de candidats issus de la CIA, du département d’État ou des forces armées, désormais placés en position éligible“. Cette analyse alimente d’ailleurs la théorie d’un „deep state“, un supposé ensemble bureaucratique secret qui ferait tout pour entraver la présidence de l’actuel locataire de la Maison blanche, appuyée par l’administration Trump!!!

Le 31 octobre. Ce jour-là, le sens de la fête d’Halloween a peut-être pris tout son sens pour Donald Trump qui a vu la procédure de destitution officiellement approuvée par la Chambre des représentants.  A la suite de cela, tous les témoins (parmi eux certains ont été entendu à huis-clos) font l’objet d’audition publiques retransmises en direct sur de nombreuses chaînes de télévision. Des personnalités telles que Alexander Vindman ou Marie Yovanovitch, l’ex-ambassadrice des USA en Ukraine. Cette dernière a été prise à partie sur Twitter par Trump, selon Gilles Paris pour Le Monde le 16 novembre, „Le président américain a mis en cause ses compétences“. Au fil des témoignages qui semblent prouver ce qui est qualifié de corruption par Nancy Pelosi, s’est faite entendre selon Trump une petite musique de „coup d’état“, la bataille pour l’opinion publique fait rage,  les démocrates le savent bien et le président américain aussi. Ce dernier hurle  à la „PLUS GRANDE CHASSE AUX SORCIÈRES QUE NOTRE PAYS AIT CONNU“ et conseille aux Américains de lire la transcription de sa conversation qui est selon lui „tout simplement parfaite“, cette phrase est par ailleurs devenue un slogan officiel. Les sondages d’opinion montrent globalement qu’une petite majorité de la population est favorable à cette procédure mais beaucoup trouvent que l’affaire est trop compliquée. Si l’on est sûrs que la procédure n’aboutira pas puisque le Sénat est à majorité républicaine, la question est-celle de l’influence sur la campagne présidentielle de 2020. Le pari est évidemment risqué de la part des démocrates, l’opinion, encouragée par Trump, pourrait penser que ceux-ci cherchent à diviser le pays et à bâillonner un président qui agit „vraiment“ pour eux. C’est un  „pari perdu“ écrit Michel Colomès dans Le Point du 20 novembre.  Courrier International, juge lui, par la plume de Nicolas Coisplet, qu’il y a „beaucoup de bruit pour rien“ et que „les audiences publiques de la procédure d’impeachment de Donald Trump n’ont pas produit les révélations explosives attendues“. Tout cela se confirmera ou non dans les jours à venir et surtout le mardi 3 novembre de l’année prochaine…

Louis Jamin