Prix Bayeux 2019 – Un vote et une rencontre au lycée Fresnel

Crédits photographiques: Deborah Dubost-Sakhi

Dans le cadre du prix Bayeux, la classe de Terminales L s’est rendue au lycée Fresnel le lundi 6 octobre afin de voter pour le meilleur reportage format court à l’occasion du prix lycéen. Nous avons également participé à une rencontre avec la journaliste Gwendoline Debono…

Le vote lycéen

            Après un périple en Twisto semé d’embûches (rires), nous sommes arrivés au lycée Fresnel, accompagnés par Mme Dubost-Sakhi. Nous avons visionné 10 reportages de guerre traitant de sujets variés allant de la crise sociale vénézuélienne, à l’explosion d’un bus de scolaires au Yémen, en passant par l’internement des Ouïghours, une  minorité musulmane, dans la province chinoise du Xinjang. A la suite de cela, chaque élève a voté pour le reportage qu’il a préféré. A noter que les 10 reportages sont les mêmes que ceux qui ont été visionnés par le jury professionnel qui a, à la suite de cela, émis son vote. Entre chaque reportage, les élèves, venant de plus de quatre établissements différents, avaient environ deux minutes pour noter leurs impressions et leur analyse sur des critères bien précis. Cette année, les lycéens ont choisi d’exprimer leurs suffrages en faveur de « Venezuela : Crisis at the border » tandis que les professionnels ont privilégié « Yémen : un bus touché par une frappe aérienne ».   

   Crédits photographiques: Deborah Dubost-Sakhi

Gwendoline Debono, une jeune journaliste très primée

Ensuite, le public, réuni dans un amphithéâtre a interrogé la reporter de guerre Gwendoline Debono, de passage dans le Calvados à l’occasion du prix Bayeux. Cette journaliste travaillant pour Europe 1 depuis 2013. Elle a  débuté sa carrière à seulement 21 ans et a déjà, en 12 ans de carrière, un CV tout simplement impressionnant ! En effet, elle a été primée 5 fois (dont deux à Bayeux dans la catégorie radio) et a effectué des reportages aux quatre coins de la planète pour traiter de sujets tous plus intéressants les uns que les autres. Les tremblements de terre en Haïti en 2010, le printemps arabe en Syrie en 2011, le décès de Nelson Mandela en Afrique du sud en 2013, la crise russo-ukrainienne en 2014 ou encore les opérations militaires en Irak en 2015 ne sont que quelques-uns des exemples de son travail.

Lorsqu’on lui demande pourquoi est-elle devenue journaliste de guerre : « Ça c’est un peu fait de fil en aiguilles, par une accumulation de connaissances et d’expériences ». C’est la même la chose pour le choix de la radio fait « au hasard après un stage à RTL, un accident  ». Quand nous évoquons le travail sur la voix effectué par certains journalistes radio « Pas pour moi », répond-elle. Avec autant d’expériences à son compteur, on est en droit de se demander laquelle est celle qui l’a plus marquée. «Toutes sont marquantes à leur manière, mais je retiens surtout mon passage en Syrie en 2012, cela m’avait choquée de voir un état s’attaquer à SON peuple. Mais il y aussi mon reportage en Liberia, qui subissait de plein fouet l’immense épidémie qu’était Ebola. » Si elle avait un commentaire négatif sur le traitement médiatique actuel des conflits, ce serait celui de la durée : « Je trouve que l’on observe de moins en moins de couverture totale sur l’ensemble d’un conflit, malheureusement parfois par manque de moyens ». Mais pas dans son cas, nous décrivant un environnement de travail « Très confortable, au niveau financier par exemple, et me laissant de nombreuses libertés, notamment dans le choix des sujets et le traitement des événements sur place ».

Gwendoline Debono Crédits photographiques: Deborah Dubost-Sakhi

Un travail parfois risqué

Cette présence sur le terrain est aussi parfois la cause de risques pris « Afin d’effectuer le meilleur reportage. Par exemple pendant la bataille de Mossoul, qui a vu la reprise de la ville aux mains de l’Etat Islamique de la part de l’Irak, j’avais deux choix de journalisme. Soit j’effectuais un reportage auprès des civils sur le terrain au moment T, soit je recueillais des témoignages de civils après l’évènement. J’ai préféré choisir la première option que je trouvais plus réaliste, mais bien sûr, plus dangereuse ». Se pose alors la question de savoir si les journalistes sont devenues des cibles, «  Vous savez, j’ai reçu plus d’insultes pendant une manifestation des gilets jaunes que pendant deux mois en Irak  ».  Elle ne reçoit d’ailleurs pas de protection particulière de l’état jugeant «  une barrière éthique et morale entre l’armée et les reporters » souhaitable. Sur le terrain, « La tâche s’effectue avec un fixer, c’est-à-dire avec un contact habitant dans le pays, parlant la langue et capable de vous guider dans votre travail de journaliste puisqu’il va être votre interprète, va vous trouver des sources, un lieu où loger, etc. Il y également un vrai travail de fond à réaliser quotidiennement, il faut être au courant. Pour cela on organise des déjeuners, des rencontres avec des diplomates, militaires, amis ou encore autres journalistes. Le rythme de travail est aussi très soutenu, avec des nuits courtes et un doute permanent» En revanche le travail de préparation en amont du reportage s’effectue « de manière beaucoup plus solitaire ».

Louis en pleine interview de Gwendoline Debono Crédits photographiques: Deborah Dubost-Sakhi

Au cours de ses reportages, Gwendoline Debono a vécu quelques expériences marquantes, voire traumatisantes « Qui vous marquent énormément. J’ai le souvenir d’une ambiance pleine d’horreur et de cris parmi les corps sanguinolents à Gaza ». En France comme sur le terrain être une femme reporter lui apporte-t-il des problèmes : « Ce ne sont pas des situations que j’ai expérimentées. On gère le manque de considération par le travail et le sens du professionnalisme ».  Enfin, si elle avait des conseils à donner à de jeunes reporters « Toujours croire en soi et surtout se cultiver un maximum, lire, regarder, écouter, voir, bref, acquérir des connaissances ».

Louis Jamin