Avenir de l’Europe, réchauffement climatique : échange avec Stéphanie Yon-Courtin

Crédits photographiques : Manon Colombo

 

Le vendredi 13 mars, nous avons reçu au lycée l’eurodéputée apparentée LREM, Stéphanie Yon-Courtin. Les élèves des 1ères suivant la spécialité HGGSP ainsi que les terminales ES de spécialité sciences politiques ont participé à une rencontre durant laquelle ils ont échangé pendant près de 2 heures avec Mme Yon-Courtin…

Spécialisée dans le droit des affaires, Stéphanie Yon Courtin a été maire du village de St-Contest pendant 5 ans (sous les couleurs de LR), avant d’être élue députée européenne en mai 2019 , au sein de la liste Renaissance. Un changement d’étiquette qui importe peu pour elle, disant se reconnaître pleinement dans les valeurs incarnées par le président de la République et dans le compromis entre les partis classiques, proposant « tous de bonnes idées ». Elle cite en particulier le discours qu’Emmanuel Macron avait tenu le 26 septembre 2017 à l’université de la Sorbonne, qui défendait notamment une Europe de la défense, une meilleure coordination avec l’Allemagne ainsi qu’une taxation des géants numériques (comme les GAFAM ou les BATX* ). A noter qu’entre ce moment et le plan de relance franco-allemand proposé par les deux chefs d’état en mai, aucuns des souhaits du Président de la République ne s’étaient réellement concrétisés.

Quelles valeurs pour quel combat ?

10 mois après son élection au Parlement Européen, Stéphanie Yon-Courtin nous a expliqué les valeurs qu’elle défendait, entre progressisme sociétal et libéralisme économique. La députée européenne souhaite défendre des valeurs de tolérance et d’égalité entre femmes et hommes, qui sont  aujourd’hui parfois en recul en Europe. C’est notamment la cas des droits des LGBT avec la récente mise en place en Pologne de zones de non-droit à l’encontre de ces populations. De plus, le droit à l’avortement est également menacé et restreint sur le vieux continent. C’est notamment le cas par exemple, en Irlande du nord où l’interruption volontaire de grossesse  est interdite même en cas de viol d’inceste ou de malformation grave du fœtus, l’avortement est uniquement autorisé si la grossesse met en danger la vie de la mère.

Stéphanie Yon-Courtin se dit féministe, elle, qui a vécu, comme malheureusement beaucoup de femmes au cours de leurs carrières, des discriminations et remarques sexistes. Elle nous raconte la situation dans laquelle se trouvent les femmes lorsqu’elles sont confrontées à de tels quolibets misogynes :  leur répondre et passer pour la rabat-joie de service dépourvue de sens de l’humour auprès de ses collègues masculins et donc leur renvoyer une mauvaise image, ou bien les ignorer, au risque de les encourager à continuer. Stéphanie Yon-Courtin encourage à ne rien lâcher. Peu après, on lui demande comment elle arrive à concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale… Lui aurait-on posé la même question si elle avait été un des 416 députés hommes ?

Le Parlement des lobbies ?

Mais en plus du sexisme, les eurodéputés doivent aussi combattre (ou pas) ce qui est parfois considéré comme un fléau pour la démocratie, incarné à Bruxelles par 37300 personnes. C’est le nombre de gens impliqués dans des activités de lobbying, c’est-à-dire une activité de représentation d’intérêts (d’entreprises par exemple) afin de d’influencer la prise de décisions, à Bruxelles, ou se trouvent le Parlement Européen et le siège de la Commission Européenne, ainsi que d’autres institutions européennes. Parmi, ces 37300 personnes appartenant aux 11800 organisations de représentations d’intérêts déclarées, 4000 lobbyistes disposaient d’un badge d’accès au Parlement en 2014, selon le CEO*. Cela représente plus de 5 lobbyistes pour un seul député européen. Mais depuis 2019, les députés plus importants sur les dossiers législatifs doivent obligatoirement rendre publique la liste de leurs réunions avec des lobbyistes. Néanmoins, les activités de lobbying auprès des institutions de l’UE restent très peu encadrées, ce manque de régulation est d’ailleurs régulièrement pointé du doigt par des ONG anticorruption, à l’image d’Anticor.

Pour Stéphanie Yon-Courtin, ces activités sont « très réglementées, même d’avantage qu’au niveau national ». « Pour construire au mieux sa réflexion, il faut connaître l’avis de chacun », cependant, Stéphanie Yon-Courtin précise qu’elle « ne reste jamais seule lors de ces entretiens ». Dans le but d’influencer les décideurs en leur faveur, les lobbyistes peuvent parfois se montrer très attentionnés. Lors de la période des fêtes de 2019, l’eurodéputée France Insoumise Manon Aubry alertait contre les lobbies, déclarant être « très gâtée » par ces derniers, qui lui avaient alors envoyés entre autres un bouteille de champagne russe accompagnée d’un portrait de Vladimir Poutine. De tels cadeaux, que Stéphanie Yon-Courtin n’a « jamais vu ».

Crédits photographiques : Capture d’écran you tube

1,5 °C, dernière chance avant la fin du monde ?

Du jamais-vu, c’est également ce qui se produit déjà en terme de réchauffement climatique ; comme le 9 février de cette année, lorsque l’Antarctique a enregistré une température sans précédent de plus de 20°C. Selon le GIEC, le Groupe International d’Experts sur le Climat, dans un rapport de 2018, le scénario le plus optimiste est celui d’un réchauffement à hauteur de 1,5°C. Cela aurait « seulement » pour conséquence la montée des eaux de plus d’un mètre sur toutes les côtes du monde, causant ainsi l’exil forcé d’environ 46 millions de personnes, le blanchissement de plus de 70% des coraux (sources de vie pour la biodiversité sous-marine) ainsi que l’exposition de plus de 350 millions d’habitants à de sévères sécheresses. Afin d’atteindre cet objectif, le GIEC recommande la réduction de 65% des émissions de gaz à effet de serre, avant 2030. C’est dans ce contexte que le Parlement européen a approuvé le 12 février 2020 l’accord de libre-échange (qui contribuera inévitablement à la hausse desdites émissions), avec l’appui de la quasi-totalié du groupe LREM, à l’exception de madame Yon-Courtin qui était absente lors du vote et de 2 autres députés. C’est également au début de l’année que la nouvelle Commission, présidée par Ursula Von der Leyen, a présenté son Green Deal, avec un objectif de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Cependant, ce Green Deal ne prévoit rien pour s’assurer que les états respectent ces objectifs, ne comprenant ni de sanctions pour ceux qui ne les respecteraient pas, ni trajectoire d’évaluation.  Face à cela, Stéphanie Yon-Courtin souligne les réticences de certains états, dont les dirigeants sont climatosceptiques ou dépourvu de toute volonté politique en la matière. Des régions ou états où il n’est pas chose aisée de concilier la réalité d’un réchauffement global, qui paraît bien peu tangible pour certain, avec la situation économique, les emplois, et les intérêts financiers en jeu, notamment dans les secteurs des industries polluantes. Mais l’eurodéputée affirme que l’Union Européenne doit arriver à surmonter ses difficultés et ses divisions, afin de tenir ses engagements. Elle détaille le Green Deal, qui fort d’un plan de financement chiffré à 1000 milliards d’€, doit faire appliquer le principe de « transition juste ». Ce plan permettra, selon Stéphanie Yon-Courtin, « d’aider les régions dépendantes aux énergies fossiles » et de « créer un grand nombre d’emplois ». Tout comme il doit permettre d’éviter le scénario d’un réchauffement à hauteur de 2, 3, 4 ou 5°C, dont les conséquences seraient catastrophiques…

Louis JAMIN

 

* Les entreprises situées dans le secteur du numérique : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft et Baïdu, Alibaba, Tencent, Xiaomi ; respectivement américaines et chinoises.

* Corporate Europe Observatory, un centre de recherche indépendant

 

Sources

photo manon aubry : https://www.francetvinfo.fr/politique/la-france-insoumise/on-a-ete-super-gates-manon-aubry-denonce-les-cadeaux-des-lobbies-aux-eurodeputes_3761449.html

graphique WWF  : https://www.bfmtv.com/planete/dereglement-climatique-le-rapport-choc-du-giec-1539509.html

votes traité de libre-échange : https://www.collectifstoptafta.org/IMG/pdf/vote_meps_franc_ais.pdf

nombre lobbyistes : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/05/23/petit-guide-de-lobbyisme-dans-les-arenes-de-l-union-europeenne_5466056_4355770.html

https://www.monde-diplomatique.fr/2014/04/A/50304