Revue de presse du 14 novembre : UN VACCIN, DES QUESTIONS

Crédits : Alexandra_Koch

On l’attendait depuis des mois, on nous le présentait comme le sauveur économique et social de la crise qui frappe le monde, il est enfin arrivé ! Alors que la guerre du vaccin bat son plein, ce sont les laboratoires allemands et américains BioNtech et Pfizer, qui, en publiant lundi 9 novembre les résultats intermédiaires des essais de la phase finale d’élaboration de leur vaccin, estimant son efficacité  à 90%, ont provoqué une euphorie planétaire.

En effet, selon un article du Figaro datant du 9 novembre, les bourses américaines, européennes et asiatiques se sont trouvées « dopées » par cette publication qui redonne espoir aux entreprises d’enfin tourner la page des restrictions contraignantes qu’impose le virus. On notera une hausse de 2,95% de la bourse de New York, 8% pour celle de Paris, des chiffres impressionnants. Le Professeur Gilbert Deray s’interroge toutefois dans un tweet sur plusieurs paramètres de ce vaccin : « Combien de temps dure l’immunité ? Quels sont les effets secondaires ? Les formes sévères sont-elles aussi évitées ? Les plus fragiles sont-ils immunisés ? », sans parler des conditions de conservation extrêmes du traitement, se faisant à -80°C.

D’autres questions sont soulevées, notamment le caractère obligatoire de ce vaccin chez la population française. Jean-Loup Delmas de 20 minutes explique que rendre le vaccin obligatoire est possible et représente d’ailleurs une option appréciée de nombreux politiques. Le journaliste rappelle par ailleurs que seul 55% des français selon un récent sondage seraient favorables à cette vaccination, insuffisant pour atteindre la « sacro-sainte » immunité collective. Autre grosse interrogation, quels individus seraient prioritaires pour ce vaccin ? Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres clame que ce « vaccin contre la Covid-19 doit être vu comme un bien public mondial, un vaccin pour les peuples », vision partagée par de nombreux dirigeants tels que Xi Jinping ou encore Emmanuel Macron. L’Europe a d’ailleurs commandée 300 millions de doses auprès de BioNtech et Pfizer, un quatrième contrat qui vient compléter les 400 millions de doses d’AstraZeneca et Johnson & Johnson chacun, ainsi que les 300 autres millions de doses de Sanofi-GSK, apprend-t-on dans un article de Franceinfo. Gros coup de projecteur donc pour ces laboratoires et un carnet de commande rempli qui a ainsi fait augmenter le prix de leurs actions. Faits cependant étonnants rapportés par Le Parisien : le jour même de l’annonce de l’efficacité du vaccin BioNtech et Pfizer, le PDG du deuxième laboratoire, Albert Bourla, a vendu 132 508 titres pour un total de près de 5,6 millions de dollars, imité par la vice-présidente des laboratoires, Sally Susman, qui a elle vendu 42 662 titres pour un montant s’élevant à 1,8 millions de dollars. Une « concomitance qui interpelle » pour un laboratoire qui a priori devrait continuer de prendre de la valeur et dont les bénéfices s’annoncent plus qu’intéressant. Un porte-parole des laboratoires cité sur CNN justifie cependant ces ventes dans le cadre de leur gestion financière personnelle, depuis août 2019 pour le PDG Albert Bourla et depuis novembre 2019 pour la vice-présidente. Pour rappel, le laboratoire Moderna avait lui aussi avancé des résultats encourageants sur la recherche d’un vaccin contre la Covid-19 il y a quelques mois, à la suite de quoi leurs dirigeants avaient cédé pour 1,3 millions de dollars d’actions. Aujourd’hui, il apparaitrait que ces annonces auraient été quelques peu « surévaluées » afin justement d’augmenter le prix des titres.

Alors même stratagème pour BioNtech et Pfizer ? Ce vaccin sera-t-il un succès tant à propos de  son efficacité clinique que sur la confiance qu’il inspire et inspirera ? En tout cas la perspective du vaccin reste jusqu’à présent l’option jugée la plus efficace pour sortir au plus vite de la crise.

Mathieu Duval