Revue de presse du 15/01/2021: Le Capitole envahi

Crédits photographiques : Ted Eytan
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 “We love you, you’re very special (…) I know how you feel “. C’est avec ces mots que le président Donald Trump réagit à l’assaut qu’ont donné certains de ces partisans  au Capitole, siège du Sénat et de la chambre des représentants des États-Unis.

Le 6 janvier 2021, Donald Trump prononce un discours à Washington, sur l’Ellipse, l’esplanade proche de  la Maison Blanche. Alors que le Parlement s’est réuni pour valider la victoire aux élections présidentielles de Joe Biden, Trump prononce un discours virulent dans lequel il répète une énième fois que cette élection est une fraude, que la victoire lui a été volé. Selon un article du 7 janvier de 20 minutes, la phrase déclenchant les violences est : « Je sais que tout le monde ici marchera bientôt vers le Capitole, pour pacifiquement, patriotiquement faire entrer vos voix ». Certes le mot « pacifiquement » est sorti de la bouche du président, mais c’est surtout le reste de la phrase que vont retenir ses partisans. », ajoute l’article. A partir de midi, les manifestants pro Trump marchent vers le Capitole, et brisent les vitres du bâtiment pour s’introduire à l’intérieur vers 14h.  Les élus américains sont alors confinés  dans une salle sécurisée, et reçoivent l’ordre de mettre des masque à gaz quand du gaz lacrymogène est lancé dans la rotonde principale. Les images des manifestants investissant le Capitole et les appartements de la présidente du Congrès Nancy Pelosi, arrachant le parloir et volant du courrier, ont fait le tour du monde. Dans cette foule, des militants pro-Trump arborant une casquette Make America Great Again, d’anciens militaires mais aussi des membres de groupes suprémacistes blanc d’extrême droite, comme les Oath Keepers et QAnon. Il y a par exemple l’extrémiste portant des cornes de bison et une peau de bête, « Qshaman », ou encore un homme portant un sweat « Camp Auswitch, le travail rend libre », devise des camps de concentration nazis. Une femme, Ashli Babbitt, ex militaire et activiste extrémiste pro Trump, se prend une balle en tentant de pénétrer dans la rotonde, elle décède plus tard à l’hôpital.

Enfin, vers 18h, la maire de Washington décrète un couvre-feu dans toute la ville, et envoie la garde fédérale pour évacuer le Capitole. Trump appelle au calme et demande à ceux qu’il déclare aimer et comprendre, de « rentrer chez eux », sans dénoncer leurs actes. Bilan de la journée : 5 morts : Ashli Babbit, trois autres « ardents défenseurs de Trump » selon la presse américaine, et un policier du Capitole, mort le 7 janvier. La police de la capitale a procédé à 52 arrestations, pour non-respect du couvre-feu. On est loin des centaines arrestations dans chaque manifestation Black Lives Matter. « C’est incroyable la douceur et la mollesse avec laquelle ces manifestants sont traités, quand on voit les tanks et les équipements que possédait la police pendant les manifestations raciales de l’été dernier », déclare Laurence Nardon, chercheuse spécialisée sur l’Amérique du Nord à l’Institut français des relations internationales sur France Inter, le 7 janvier 2021

Le vote reprend, et Joe Biden est déclaré comme légitime gagnant des élections présidentielles. L’affaire ne s’arrête pas là pour Donald Trump. Il est considéré comme responsable des émeutes par les démocrates, les médias et même des membres de son parti, qui se désolidarisent de Trump. Ces émeutes sont qualifiées de coup d’Etat, les émeutiers de « domestic terrorists », terroristes contre leur propre pays et leur démocratie.

Les démocrates ont d’ailleurs très vite montré leur volonté d’écarter Trump du pouvoir. Le 25ème amendement, en particulier, a beaucoup été évoqué dans les médias la semaine dernière. Il permet d’écarter un président jugé inapte à gouverner, même sans son consentement. Mais cette procédure est complexe, et doit être initiée par le vice-président, Mike Pence, qui doit remettre une déclaration approuvée par les membres du cabinet de Donald Trump, c’est-à-dire ses ministres. Cette proposition a été écartée très vite par Mike Pence lui-même. La présidente démocrate du Congrès Nancy Pelosi lance alors une procédure d’impeachment. Celle-ci prévoit la mise en accusation et le vote d’une procédure de destitution du président par le Congrès. Pour que cette procédure d’accusation se fasse, elle doit être approuvée par au moins la moitié du Congrès, simple formalité puisque les démocrates y sont présents en majorité depuis les élections de Géorgie la semaine dernière. « L’enjeu du vote portait en revanche sur le nombre de voix républicaines qui s’associeraient à cette mise en accusation. Au final, dix élus républicains ont jugé que Donald Trump devait être jugé au Sénat », explique Véronique Le Billon dans un article pour Les Echos du 13 janvier. Si certains trouvent que le président Trump est allé trop loin en fomentant ces émeutes et le qualifie de traître à la démocratie, d’autres députés républicains sont plus réservés et déclarent vouloir attendre la fin du procès pour décider.

L’issue du vote est donc incertaine, et les démocrates vont devoir en convaincre beaucoup pour obtenir la destitution du président, qui nécessite l’approbation des deux tiers du Congrès.

Trump, le président devenu paria, article de Gilles Paris pour Le Monde du 11 janvier 2021, n°23641

 

Claire Loilier