REVUE DE PRESSE “BLACK FRIDAY”

Vendredi dernier, 29 novembre, avait lieu le Black Friday, jour de rabais et de promotions venu tout droit des Etats-Unis, ouvrant la frénésie des achats de noël. Cette coutume s’est depuis quelques années démocratisée en France et en Europe mais ne fait pas l’unanimité pour tout le monde, loin sans faut.

crédits photographiques : Kippelboy

Dans ce combat idéologique, certains sont convaincus que cette journée apporte « emplois et pouvoir d’achat » comme le titre un article de la tribune écrit par Marc Guyot et Radu Vranceaunu. Le journal invoque une « conversion médiatique d’un certain nombre de responsables politiques à l’écologisme déconnecté de l’espace-temps » qui viendrait « stigmatiser » cette journée, et ce qu’ils qualifient de « course au vert » devancerait « la loi et les normes ». Les auteurs insistent sur la nécessité d’une telle journée en invoquant le « ralentissement des échanges mondiaux », c’est « la consommation intérieure [qui devrait] prendre le relais de l’investissement et des exportations pour que la machine à créer des emplois continue de tourner » expliquent-ils. C’est aussi d’un ton sarcastique que les économistes pointent du doigt le « fantasme » de manipulation des multinationales et la stigmatisation des consommateurs, qualifiés ironiquement de « rustres ». Est invoqué également la révolte des gilets jaunes qui serait bien le signe d’une demande de pouvoir d’achat qui selon eux est accordé par le Black Friday. Impressions partagées par le professeur Olivier Babeau qui invoque une nouvelle « lubie puritaine » dans le Figaro. D’après lui, l’argument écologique est fait de nombreux contre sens et il s’interroge sur le bilan écologique a tirer entre un « véhicule qui accomplit une tournée rationnelle pour livrer des colis » et les « norias de voitures qui se déplacent en magasin ». Ainsi, l’écologie se résumerait selon lui à un « cimetière des idées reçues et des évidences ».

Pour d’autres, le Black Friday est le « symbole des ravages de l’hyperconsommation » comme le site consoblog. « Il y a déjà suffisamment de promos pour faire de bonnes affaires, pas besoin d’en rajouter » écrit Audrey Lallement. Elle ajoute que « le Black Friday a un petit côté fumeux, à la limite de l’arnaque », aux vues des promotions qui ne seraient pas si intéressantes qu’on veut bien nous le faire croire. Cécile Prudhomme du quotidien Le Monde se demande quant à elle si le « concept ne risque […] pas d’écœurer le consommateur, pris, tout au long de l’année, dans un tourbillon constant de promotions ». Elle met aussi en avant le nouveau mouvement des « French Days » mis en marche depuis cette année où 6 géants du commerce en France se sont alliés pour proposer des promotions. Pour elle, cette période commerciale illustre bien « le règne de l’hyperconsommation et des promotions perpétuelles » comme elle titre.

Mais à qui profite l’évènement ?  Et bien pour le site de la rtbf, qui cite une étude du SDI (syndicat neutre pour indépendants), il est  nuisible aux petits commerçant des centres villes. Les nombreux témoignages  recueillis par les journalistes  révèlent que les commerçants indépendants des centres-villes de Belgique n’ont « pas le choix ». Ils écrivent que « face au marketing déployé par la grande distribution, les petits commerces du centre-ville embrayent. Non pas par choix mais par obligation. ». Cette opération profiterait donc davantage aux grandes chaînes qui peuvent se permettre des ristournes plus importantes. De nombreux mouvements ont d’ailleurs appelé à boycotter le Black Friday, arguant les préjudices sociaux et environnementaux importants liés à la surconsommation. Des initiatives de Block Friday ont aussi émergé, qui consistaient à empêcher les consommateurs venus profiter des bonnes affaires du jour à pénétrer dans les centres commerciaux.

La question se pose alors, en pleine controverse, faut-il interdire le Black Friday en France ? Si certains sont convaincus qu’il s’agit de la bonne solution, bénéficiant de l’appui de députés qui ont proposé un amendement au projet de loi anti-gaspillage, d’autres considèrent l’idée inutile, comme Nicolas Moreau de Valeurs Actuelles qui défend qu’« elle n’aura d’effet que sur le 1 % d’émissions de gaz à effet de serre dont la France est responsable au niveau mondial. Elle frappera en revanche 100 % des Français » argumente-t-il !!!

 

Mathieu Duval