Revue de presse 6 mars 2020 : Vous avez dit 49.3 ?

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Jeanne Menjoulet

Ils étaient nombreux, les journaux, à titrer que le gouvernement « dégain[ait] le 49-3 » samedi 29 février, à propos de la réforme des retraites. Un projet que le gouvernement veut juste, équitable, en ses propres termes « universel ». Alors que depuis de nombreux mois déjà, et de nombreux mouvements de grève qu’a dû essuyer l’exécutif, les discussions avec les partenaires sociaux n’ayant aboutit et l’opposition à l’Assemblée se faisant crescendo, le Premier Ministre Edouard Philippe, tel un cow-boy, s’est vu contraint, d’après son discours, de « jouer de cet article de la Constitution de 1958 ». Ainsi, les discussions sur le projet de loi sont arrêtées et le texte est adopté dans sa première version « organique ».

Tandis que Lionel Venturini, Aurélien Soucheyre et Julia Hamlaoui de l’Humanité s’indignaient samedi matin de « la reforme la plus antisociale et la plus antidémocratique de toute l’histoire de la Ve République », Alain Rémond de La Croix pointait du doigt dans son billet « l’obstruction, fondée sur des motifs abracadabrantesques » et jugeait avant même que l’article soit mis en cause que « ce qui [était] comique, [c’était] que les ténors du Parti communiste et des Insoumis [hurlaient] à l’avance au coup de force en cas d’usage du 49.3, tout en souhaitant très fort que le premier ministre y ait recours, ce qui leur permettra d’alimenter, de justifier leurs hurlements contre un gouvernement qui assassine le débat démocratique. ». On parle en effet pour Maurice Szafran de Challenges d’un « piège infernal monté par les députés Insoumis et communistes […] pour mieux embourber cette si contestée et impopulaire réforme des retraites ». Il s’agit pour lui d’un véritable « pourrissement parlementaire » et souligne les quelques 40 000 amendements déposés par l’opposition, selon lui différents seulement « [d’]un point de détail ou [d’]une virgule », ce dont se défend ladite opposition. Jean-Luc Mélenchon dans son discours à l’Assemblée contre le 49-3 le 3 mars affirme de fait que le gouvernement a été l’émetteur de « ragots quand [il a] décidé de faire croire que [l’opposition avait] déposé plus de 700 000 sous amendements pour ensuite évoquer leurs « répondeurs automatiques dans les médias qui l’ont répété sans se donner trente secondes pour aller vérifier si c’était vrai ou pas ». Le chef des insoumis a ainsi qualifié cette utilisation de l’article, « décidé sournoisement, au débotté, entre deux coronavirus examinés en Conseil des ministres ». Comme le dit Alain Rémond « Par les temps qui courent, on pense forcément au thermomètre, à un gros accès de fièvre signé coronavirus. Quoique, tout de même, 49.3, ça fait beaucoup. ». Alors hasard du calendrier ou mise à profit du Covid-19 ?

Quoiqu’il en soit, ce nouveau chapitre dans la mise en place de la réforme des retraites qui tient tant à cœur au gouvernement n’a apparemment pas fini de faire parler de lui. Des mobilisations contre cette réforme sont attendues un peu partout dans le pays, l’opposition en appelle à de fortes mobilisations, à moins qu’elles ne soient freinées dans le cadre du plan pandémie, les rassemblements, manifestations inclussent, sont déjà limitées à 100 personnes à l’heure qu’il est…

Mathieu Duval