Revue de presse du 9 octobre 2020 : Reprises des hostilités au Haut Karabakh

Crédits photographiques : Nicolas Babaian

Le 30 septembre 2020, le journal La Croix titrait L’Arménie prisonnière1, dans un éditorial du rédacteur en chef, Jean-Christophe Ploquin. Quatre jours plus tôt, dans la nuit du  samedi 26 au dimanche 27 septembre, des échanges de tirs ainsi que des bombardements ont fait plusieurs dizaines de morts dans cette enclave entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Contrairement à ce que le titre de cet éditorial suggère, les responsabilités sont partagées.

D’un point de vue historique, cette région azérie (appartenant à l’Azerbaïdjan, NDLR) peuplée d’Arméniens a fait sécession et s’est déclarée autonome en 1988, lors de l’implosion de l’URSS. Après une guerre ethnique très meurtrière qui s’arrête en 1994, le Haut-Karabakh considère avoir acquis une sorte de statut indépendant, ni tout à fait arménien, ni rattaché à l’Azerbaïdjan.

Mais alors, qui est responsable de la reprise des conflits ? Selon l’Azerbaïdjan, c’est l’Arménie, et selon l’Arménie, c’est l’Azerbaïdjan. Selon France Info, c’est compliqué. En effet, d’après Lucille Devillers « les deux camps ne donnent pas de réelle explication, (…) les deux versions s’opposent. »2 Le président azéri dénonce une tentative violente de la part de l’Arménie pour lui enlever un territoire qui lui revient de droit, tandis que le président de l’enclave, qui se considère rattaché à l’Arménie, a déclaré : “Nous avons déjà dit que la responsabilité de toute reprise de la guerre incombera au gouvernement de l’Azerbaïdjan”.2

Quel que soit le responsable, les combats continuent, et deviennent de plus en plus meurtriers. « Le bilan officiel s’établissait mardi [29 septembre] à 97 morts, à savoir 80 soldats séparatistes et dix-sept civils »3, précise Le Monde dans un article du 30 septembre. Selon ce même article, la communauté internationale a réagi en appelant à cesser immédiatement les combats. Les quinze membres du conseil de sécurité de l’ONU condamnent les actions de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, et appellent à « une reprise urgente du dialogue sans conditions préalables »3. Ces appels n’ont pas été écoutés, les deux pays continuant de se renvoyer la responsabilité.

Cette semaine, la situation change d’échelle. La Turquie s’est emparée du conflit pour affirmer une nouvelle fois sa puissance sur le Moyen-Orient. En effet, le président turc Erdogan a annoncé son soutien à son allié de longue date, l’Azerbaïdjan. Selon l’éditorial publié dans le Monde le mercredi 7 octobre, il « apporte son soutien politique et militaire – via des mercenaires syriens et les équipements fournis à Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan, NDLR) »4. De plus, comme le rapporte un article publié dans le Point, de nombreux bâtiments turcs se sont illuminés en vert, rouge et bleu, couleurs du drapeau azéri, dans la nuit du 8 octobre, et on assiste depuis le début des hostilités à des manifestations de soutiens des Turcs à leurs « frères de sang »5. Selon Umut Özkirimli, politologue spécialiste du nationalisme turc interrogé dans cet article, Erdogan se sert de ce conflit pour réaffirmer sa légitimité auprès des Turcs : « à chaque fois qu’il apparaît en difficulté, Erdogan recrée le consensus autour du drapeau et du nationalisme. »5. Pour lui, c’est un nouvelle preuve de la « radicalisation du pouvoir turc »5.

Un accord de cessez-le-feu a été obtenu dans la nuit du 9 au10 octobre, entre les ministres des affaires étrangères azéri et arménien, grâce à des négociations encadrées par leur homologue russe, à Moscou. Cette décision est rapportée par le Monde, en montrant que la Russie ne veut pas perdre son influence sur cette région : « Une invitation aux allures de convocation, après treize jours de combats meurtriers au Haut-Karabakh entre deux ex-Républiques soviétiques avec lesquelles la Russie entretient de bonnes relations »6. Malgré cette interruption qui permettra d’échanger les corps et prisonniers des deux camps et à La Croix Rouge d’intervenir, la paix semble loin d’être gagnée. Aucun des deux camps ne veut abandonner le Haut Karabakh, région plus petite qu’un département français, mais dont la possession continue de faire couler le sang de deux peuples que tout oppose.

Claire Loilier

 

1 : L’Arménie prisonnière, éditorial de Jean-Christophe Ploquin du 30/09/2020 dans La Croix : https://www.la-croix.com/Debats/LArmenie-prisonniere-2020-09-30-1201116795

2 : Haut Karabakh, la poudrière du Caucase, reportage de Lucille Devillers du 29/09/2020 pour France Info :https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/haut-karabakh-la-poudriere-du-caucase_4122341.html

3 : Haut-Karabakh : le Conseil de sécurité de l’ONU réclame un « arrêt immédiat des combats », article du 30/09/2020 pour Le Monde : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/30/haut-karabakh-le-conseil-de-securite-de-l-onu-reclame-un-arret-immediat-des-combats_6054134_3210.html

4 : La nouvelle complexité de la crise du Haut Karabakh, article du 07/10/2020 pour Le Monde

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/07/la-nouvelle-complexite-de-la-crise-du-haut-karabakh_6055131_3232.html

5: La nouvelle guerre d’Erdogan, article du 08/10/2020 de Gabriel Détrie pour Le Point, n° 2511

6 : La Russie obtient un cessez-le-feu au Haut-Karabakh, article du 10/10/2020 pour Le Monde : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/10/10/la-russie-obtient-un-cessez-le-feu-au-haut-karabakh_6055526_3210.html