Revue de presse du 21/05/2021 : Faut-il commémorer Napoléon ?

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David Ohmer

Le 5 mai 1821, sur l’île de Sainte-Hélène, celui qui a été l’empereur des français meurt, à 51 ans. 200 ans plus tard, la commémoration de sa mort fait l’objet de vive polémiques : certains le considèrent comme un tyran, esclavagiste et misogyne, tandis que d’autres voient en lui l’image de la grandeur passée de la France. Le 5 mai, le président Emmanuel Macron a commémoré ce personnage, dans un discours : « commémorer le bicentenaire de la mort de Napoléon, ce n’est pas juger le passé avec les lois du présent. C’est retracer ce que nous sommes nous, Français ». Il fait référence à une partie de l’opinion française qui souhaite annuler toute forme de commémoration, citant le rétablissement de l’esclavage en 1802, ou le statut de la femme ramenée à une éternelle mineure dans son Code Civil de 1804. Mais Napoléon, c’est aussi la réforme des administrations françaises, la création de notre système économique moderne, et de glorieuses campagnes militaires. C’est en tout cas ce que déclarent William Thay et Marie Vidal, dans une tribune du Point du 9 mars 2021, qui appellent à ne pas « juger l’ancien empereur des Français avec une lecture contemporaine plutôt que par rapport à son apport à la construction du pays »1. Selon eux, cette pratique qui s’apparente à celle des d’ « Etats totalitaires » est en complète contradiction avec les travaux des historiens, car elle extrait les évènements de tout contexte pour les juger avec une morale contemporaine. Les décisions de Napoléon sont très liées à la vision du monde qui dominait à l’époque. Ils rappellent d’ailleurs que Napoléon a permis à la France de conserver son territoire et sa souveraineté dans une période d’instabilité politique, et a «  jet[é] les bases de la France moderne », grâce à sa profonde réforme des administrations françaises, et la création d’institutions qui existent toujours aujourd’hui : la Banque de France, ou encore le système éducatif, dont l’actuel est le descendant direct. C’est également ce que déclare Laurent Joffrin, auteur du livre « Batailles de Napoléon », qui souligne toutefois que « le régime était une tyrannie »2, et que le « comportement des Français à l’étranger [pendant les différentes guerres napoléoniennes, NDLR] a été odieux -pillages, occupations… ». Mais à la fin, ce qu’on garde de Napoléon, c’est l’image de la France victorieuse, symbolisée par l’Arc de Triomphe. Selon William Thay et Marie Vidal, les commémorations de Napoléon permettent de montrer une  « France éternelle, fière de son histoire, ne se mettra jamais à genoux »1.

« C’est vraiment la France poussiéreuse! »2 réplique Myriam Cottias, historienne, en réponse à Laurent Joffrin. Elle déclare que critiquer Napoléon ne revient pas « n’être pas un bon Français », c’est même plutôt l’inverse selon elle, puisque la France de cette époque a renié de nombreux principes de la Ière République et causé de « nombreuses pertes humaines » lors des conquêtes de l’empereur. Elle dénonce l’idéalisation de la figure de Napoléon d’une grande partie de la classe politique française, tandis que selon elle, la commémoration de Napoléon est « indissociable de la question de l’esclavage ».

Pour l’historien spécialisé sur Napoléon Charles Eloi-Vial, interrogé par France 24, « la disparition de l’empereur, c’est la fin d’une époque qu’il incarne ». Napoléon ne peut ni être réduit à son rétablissement de l’esclavage, ni à l’Arc de Triomphe. Il se réjouit d’ailleurs des débats enflammées que suscite les commémorations : « S’il y a justement des polémiques, c’est peut-être aussi parce que la vision que le grand public peut avoir de Napoléon est désormais moins tributaire de la légende et davantage influencée par la critique historique »3.

 

1 : Commémorer Napoléon pour célébrer la grandeur française, tribune de William Thay et Marie Vidal, membres du think tank Le Millénaire, spécialisé en politiques publiques et portant un projet gaulliste et réformateur au service de la grandeur de la France, publié dans Le Point le 9 mars 2021 : Commémorer Napoléon pour célébrer la grandeur française – Le Point

2 : Peut-on encore commémorer Napoléon ?, article de Thierry Noisette, publié dans l’Obs le 7 mars 2021 : https://www.nouvelobs.com/debat/20210307.OBS41074/peut-on-encore-commemorer-napoleon.html

3 : Napoléon, tyran ou génie? Les controverses de l’empereur, article de France 24, publié le 2 mai 2021 : https://www.france24.com/fr/france/20210502-napol%C3%A9on-tyran-ou-g%C3%A9nie-les-controverses-autour-de-l-empereur